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Une fois par mois, notre journaliste investit les séances de comparution immédiate et nous livre un compte-rendu de cette justice de l’instant.


Une sonnerie retentit, la même que celle qui signale la fin de la récréation dans les cours d’écoles primaire. Une petite porte dans le fond de la salle s’ouvre et le juge fait son entrée. Tout le monde se lève pendant qu’il prend place sur son estrade. Laconique, il jette un coup d’œil à la montagne de dossier posée face à lui et lance un « en avant » à ses collègues.

C’est un ami, on va s’arranger entre nous, on a pas besoin de vous, votre honneur.

Ils sont deux, avec le même physique de gringalet survêtementé et le regard de lapin pris dans les phares d’une voiture.

‘Monsieur le juge, j’ai rien fait moi, pourquoi je dois venir parler et tout votre honneur ? »

Son collègue persifle : « voleur ! »

« Vous êtes là car vous avez frappé cet homme » lui rappelle le Juge, déjà las.

« Mais c’est un ami, on va s’arranger entre nous, on a pas besoin de vous, je retire ma plainte, bye. »

Son avocat, commis d’office, fait pression sur son bras, pour qu’il se taise. L’homme hausse les épaules.

« Vous n’avez rien à retirer, c’est votre ami qui a déposé une plainte. »

L’ami en question a du mal à tenir en place. Il jette des coups d’œil tuméfiés assassins à son ancien comparse.

« Il m’a volé mon portable et quand je suis allé le récupérer, il m’a tabassé ! »

« J’ai rien volé moi, je suis pas un voleur » se défend l’accusé. « Il me l’a donné, alors je l’ai pris ».

« Il vous l’a donné ? A quelle occasion ?

« Quand il dormait, chez moi. »

« Il dormait ? »

L’avocat tousse, essaie par tous les moyens de faire faire son client. Peine perdue.

« Oui, du coup, quand il a voulu le reprendre en se réveillant, je l’ai cogné, c’est lui le voleur, votre honneur, c’est de la légitime défense ! »

Le juge soupire : « votre conseil a quelque chose à ajouter ? »

« Non » abdique celui-ci.

Le juge tranche. Deux mois de sursis et 500 € de dommages et intérêts.

Mais ça n’a rien à voir, c’était mon ex, elle est folle. On peut se concentrer sur le présent et pas sur le passé ?

Un homme taillé dans un tee-shirt moulant fait son entrée. Il lance des regards électriques à son ex-compagne, recroquevillé derrière son avocat. Deux jours plus tôt, il a débarqué chez elle, hurlant et menaçant, cassant et brisant les meubles de son salon avant de la taper et de s’enfuir.

« J’ai fait une connerie et je le regrette » attaque-t-il avant que le Juge n’ouvre l’audience.

Son avocat se râcle la gorge et prend la parole : « Mon client a conscience de son erreur et est engagé depuis un mois dans un cycle de reconstruction. Il serait dommage que cet incident de parcours ternisse sa réinsertion. »

Sur son siège, son ex-femme se rapetisse un peu plus.

« Un comble ! » explose son avocat. « Tout est pardonné, alors ? »

Le juge, plongé dans le dossier, lève alors les yeux vers l’accusé. « Je vois que vous avez été condamné à Niort, à Marseille, à Nantes, à Tarbes, à Strasbourg… Vous êtes très mobile. »

« Ouais. »

 » Je vois aussi que vous avez agressé une autre ex-compagne à Metz. »

« Mais ça n’a rien à voir ça, c’était mon ex, elle est folle. On peut se concentrer sur le présent et pas sur le passé ? Vous me faites la liste de mes condamnations, c’est bon, je les connais. »

Trente minutes plus tard, il écopera de six mois ferme.

Carole Malacci